La Française Béa Johnson a débuté l’aventure comme blogueuse avec Zero Waste Home, avant que ne soit publié son best-seller Zéro déchet. Popularisant la démarche, elle donne aujourd’hui des conférences à travers le monde pour tenter de sensibiliser à cet enjeu majeur pour notre planète : diminuer la taille de nos poubelles.

 

Béa Johnson, quel a été le déclic qui vous a fait commencer l’aventure Zéro Déchet ?

En 2006, ma famille et moi avons décidé de déménager pour nous rapprocher du centre-ville. Ceci afin d’avoir les commerces, écoles et restaurants facilement accessibles à pieds, ou à vélo. Nous avons donc vécu pendant un an en appartement en attendant de trouver la maison idéale. C’est durant notre séjour en appartement, où nous n’avions emménagé qu’avec le strict nécessaire, que nous avons découvert les bienfaits d’une vie simple.

Nous avions plus de temps pour privilégier ce qui était vraiment important à nos yeux, notre vie de famille. Nous avons eu également plus de temps pour nous documenter sur les problèmes environnementaux. Avec mon mari, nous avons pris conscience de la réalité des choses et avons été attristés du futur que nous léguions à nos enfants. On a donc fait le choix de changer. Tout d’abord, en veillant sur notre consommation d’eau, d’énergie, puis de déchets.

A ce moment-là, il n’y avait ni livre ni blog sur la réduction de nos poubelles et le Zero Waste” était seulement utilisé pour des pratiques industrielles de gestion des déchets. Ce terme m’a donné un objectif : celui de le transposer à l’échelle des ménages. Nous avons alors fait du Zéro Déchet un mode de vie.

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Béa Johnson dans sa cuisine – ©Michael Clemens

 

Pourriez-vous nous expliquer le principe de « simplicité volontaire » ?

La simplicité volontaire figure le choix de vivre simplement. Cela permet de faire de la place aux choses importantes dans votre vie, et de laisser de côté le superflu qui vous entrave. Par définition, lorsqu’on adopte un mode de vie simple, le moins on a et le moins on aura à gérer, ranger, dépoussiérer, nettoyer, réparer ou jeter. La simplicité volontaire représente 90% de notre mode de vie Zéro Déchet.

 

« Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter (et seulement dans cet ordre) est le secret de ma famille pour réduire ses déchets à l’équivalent d’un bocal chaque année depuis 2008. »

 

Quelles ont été les réactions des membres de votre foyer lorsque vous leur avez parlé de cette nouvelle façon de vivre au quotidien ?

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Les courses de Béa Johnson – ©Zero Waste Home

Six mois après avoir éliminé les emballages alimentaires chez nous, j’ai accompagné une sortie scolaire en magasin bio. Dans les rayons, la maîtresse a demandé aux enfants quel était l’avantage de l’achat en vrac. Mon fils ne disait rien alors qu’il aurait dû pouvoir répondre. Revenus à la maison, j’ai mis mon fils devant notre garde-manger et je lui ai demandé s’il voyait quelque chose. Existait-il une différence avec celui de ses copains ? Pour lui, il n’y en avait pas. C’est moi qui lui ai fait remarquer qu’il n’y avait pas d’emballages. Sa réponse : « et alors ? ». Cela prouve que les enfants ont des besoins simples. Ce sont les adultes qui compliquent ces besoins.

La personne qui fait les achats pour le foyer a le choix de ne pas consommer, simplicité volontaire, ou de consommer différemment. Acheter sa nourriture sans emballage et s’orienter vers les biens matériels d’occasion. Étant donné que j’ai pris toutes les décisions, le Zéro Déchet est passé totalement inaperçu à la maison.

Mon mari s’inquiétait du budget lorsque nous nous sommes lancés dans le Zéro Déchet. N’oublions pas qu’il venait de lancer sa nouvelle activité et que nous étions en pleine récession. Financièrement, la situation était assez difficile. Mon mari craignait que le bio et le vrac coûtent plus chers. Je lui ai alors demandé de comparer nos relevés de banque. Il a pu voir que nous réalisions près de 40% d’économies depuis notre changement de vie.

 

Et chez vos proches ?

Du côté de la famille et des amis, on leur a simplement demandé de respecter notre mode de vie, tout comme on accepte le leur. Quand nous sommes invités, nous mangeons ce qui nous est proposé, sans tenir compte de la présence de déchets d’emballage. Et la réciproque est vraie de ne pas apporter de déchets quand ils viennent chez nous. De la même façon que lorsque vous allez chez quelqu’un qui est végan ou musulman, vous n’amenez pas de côtes de porc. Tout se base sur la notion de respect de l’autre.

 

Dix ans après le début de l’aventure Zéro Déchet, quel est le bilan pour votre famille et vous ?

Une vie tellement belle qu’on ne s’imaginerait pas faire un retour en arrière. On s’aperçoit que la vie d’avant se basait sur les mauvaises priorités : les biens matériels, le qu’en dira-t-on, etc. Ce n’était pas une vie saine et enrichissante. Au contraire, tous ces biens matériels l’appauvrissaient, en gaspillant au passage temps et argent.

Les avantages du mode de vie Zéro Déchet vont bien au-delà des bénéfices environnementaux et une fois que vous y avez goûté, impossible de revenir en arrière. On se recentre sur l’essentiel. Le Zéro Déchet ne se résume pas à éliminer les déchets à la maison, mais c’est plus que cela. Une vie simple mais riche d’expériences, basée sur l’être et non l’avoir.

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Béa Johnson et sa famille, ainsi que leur bocal de déchets pour 2017

 

Vous vivez aux États-Unis, pays réputé pour son importante consommation de produits emballés. Est-ce que les mentalités changent quand même Outre-Atlantique ?

Très très lentement… Je vous livre une anecdote. A chaque fois que je donne une conférence en-dehors des États-Unis, on me dit « c’est facile pour toi, tu habites aux États-Unis ». Les Américains me disent « c’est facile pour vous, parce que vous vivez en Californie ». Les Californiens  disent « c’est facile pour vous, vous habitez San Francisco », alors que je n’habite pas dans cette ville et que San Francisco n’est pas Zéro Déchet. Enfin, pour les San Franciscains, « c’est facile pour vous, vous êtes Française ». Tout le monde se cache derrière un prétexte pour ne pas revoir son mode de vie et de consommation. Si ma famille a pu le faire, tout le monde peut avoir accès au choix de vie minimaliste.

Lorsqu’on adopte un mode de vie Zéro Déchet, il faut l’adapter à son pays, ses coutumes, avec les bénéfices que cela peut vous offrir. En France, le Zéro Déchet et les magasins de vrac explosent, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. En se référant au globe terrestre, c’est en France que le Zéro Déchet se développe le plus, ainsi que dans les pays et régions francophones : Suisse, Belgique, Québec et Île Maurice. La part francophone de la communauté Zéro Déchet est la plus active.

Aux États-Unis, cela va prendre énormément de temps encore pour désancrer la consommation comme mode de vie. Les gens ont peur du qu’en dira-t-on, de ne pas avoir les derniers gadgets, de ne pas pouvoir exhiber leurs succès avec des biens matériels. Pour résumer, les Américains ont peur du mode de vie simple.

 

De manière générale, pour une personne qui souhaite se lancer dans le Zéro Déchet, quelle est la partie du programme la plus difficile à mettre en œuvre ? Refuser, réduire, réutiliser, recycler ou composter ?

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©Michael Clemens

Cela peut être différent pour différentes personnes. Beaucoup m’ont dit que refuser symbolise le plus difficile. C’est pourtant la première règle : plus on refuse, moins on aura à réduire, ou  réutiliser, et ainsi de suite.

Dans cette société de consommation, les gens pensent être mal-élevés s’ils refusent quelque chose qu’on leur tend. Il faut un petit moment avant de trouver la petite phrase pour décliner l’offre sans vexer la personne en face. Pour ma part, je dis : « c’est vraiment gentil, mais je n’en ai pas besoin ». Ou « c’est vraiment gentil de votre part, mais je suis minimaliste ». La personne qui vous tend l’objet ne va pas vous l’imposer et respectera votre choix. Quand on me tend une carte de visite, je dis « non, gardez-la, ça vous fera des économies, par contre je la prends en photo ».

 

« Réduire, c’est contribuer directement à la résolution de la crise environnementale. C’est s’attaquer au cœur du problème des déchets et prendre en considération les conséquences environnementales de l’accroissement de la population, de la consommation qui va avec, et de la raréfaction des ressources planétaires qui ne peuvent pas subvenir aux besoins de tous. » Extrait du livre de Béa Johnson, Zéro Déchet

 

Suite à la popularité de votre démarche, quelles sont les initiatives Zéro Déchet (personnelles ou collectives) dont vous avez été le témoin et qui vous rendent le plus fière ?

D’avoir pu lancer un mouvement global, tout en restant nous-mêmes. Quand on a exposé notre mode de vie au grand public, cela s’est fait en 2010 par un article sur ma famille dans le New York Times. Aucune photo n’accompagnait le propos et on s’en est pris plein la figure. Notre démarche devenait sujette à moqueries de gens qui nous réduisaient à des poilus mal coiffés, tout juste sortis de leur cambrousse. Ce qu’on faisait était totalement débile, ne servait à rien puisqu’on était qu’une seule famille à le pratiquer, etc.

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A l’Union Européenne

On a pu prouver le contraire à nos détracteurs. Mon livre est maintenant traduit en 25 langues, on a reçu une belle attention des médias, je donne des conférences partout dans le monde, j’ai été reçue trois fois à l’ONU, je suis également allée au Parlement Européen ainsi que chez Starbucks, Amazon, Ikea. Notre démarche a pu inspirer des milliers et des milliers de personnes pour se lancer dans le Zéro Déchet, comme monter un magasin de vrac ou créer une gamme de produits réutilisables.

 

Est-ce votre blog ou votre livre qui a le plus popularisé votre démarche ?

Le blog a introduit le terme “Zero Waste” dans le contexte familial, chez le particulier, pour ce qui concerne des pratiques ménagères. Le blog a ensuite attiré l’attention des médias sur le Zéro Déchet.

Le livre a permis de toucher des audiences que je n’aurais pas pu toucher avec mes conférences, le blog ou les réseaux sociaux. Chaque fois que je donne une conférence dans un nouvel endroit, cela permet à la communauté Zéro Déchet de se retrouver et ensuite cela lui donne du pouvoir pour se lancer, de l’élan. Par exemple, j’ai donné une conférence à Dublin l’année dernière. Dans les deux mois qui suivaient, cinq magasins de vrac s’installaient. Pareil à Cape Town, avec trois boutiques cette fois.

 

On l’a vu dernièrement, la communauté Bishnoï en Inde souhaite sensibiliser le pays sur les dangers et les méfaits (entre autres) des sacs plastiques. Les vaches sacrées elles-mêmes en ont l’estomac rempli. Avez-vous exporté la démarche Zéro Déchet en Inde ?

L’Inde est le pays dans lequel j’ai vu le plus grand nombre de déchets sauvages. Jusque-là, je pensais que le Vietnam détenait la première place.

Cette volonté de consommer s’étend à toutes les régions du monde et les produits à usage unique se sont infiltrés sur le marché indien. Là-bas, le problème vient du fait qu’il n’y a pas vraiment de ramassage des déchets. Les différents pays à travers le monde gèrent leurs déchets de différentes façons. Dans les pays occidentaux, il y a une bonne gestion des déchets mais on en produit trop. Dans d’autres parties du monde (en Brésil, en Inde), le problème est d’arriver à collecter le peu qui est généré. Par exemple au Vietnam, les poubelles et le ramassage n’existent pas, et vous voyez les habitants jeter par terre leurs détritus.

Pourtant, en Inde, ils ont toutes les ressources et solutions possibles pour réduire leur quantité de déchets. Ils ont des bouteilles consignées pour le lait et le coca, le vrac est partout, tout comme les petits producteurs. J’ai été étonnée de recevoir une invitation pour parler de ma vie simple en Inde, où la simplicité pour moi allait de soi. Malheureusement, le consumérisme s’y est ancré. Il faut désormais rappeler les avantages à vivre simplement, ce vers quoi veulent revenir ceux qui ont goûté à la surconsommation et qui pensent s’être plantés avec le « toujours plus ». Tout le monde a besoin d’un toit sur sa tête, de quelques meubles et de quelques vêtements. Ensuite, passé le cap d’un minimum de confort, le reste devient de l’excès. Au Brésil, mon mode de vie est décrit comme celui du futur.

 

Bientôt Noël, auriez-vous un conseil Zéro Déchet pour nos lecteurs ?

Plutôt qu’un cadeau traditionnel matériel, le cadeau Zéro Déchet est un cadeau d’expérience. Si vous n’avez pas trop d’idées, regardez les activités disponibles dans la région. Vous pouvez trouver de l’inspiration en visitant des sites et des blogs : Groupon, par exemple. Je ne dis pas d’acheter chez eux, mais de prendre les idées d’activités.

Un cadeau d’expérience va renforcer les liens et enrichir la vie.

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Retrouvez le programme et les conseils de Béa Johnson pour réduire vos déchets au quotidien dans son livre Zéro déchet : 100 astuces pour alléger sa vie, Éditions J’ai Lu, 411 pages, 7.60 € ou sur son blog Zero Waste Home.

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Apolline Compagnon
Apolline Compagnon est une thérapeute pratiquant diverses techniques de médecines douces (phyto-aromathérapie, médecine chinoise...). Également formatrice en contraception naturelle, elle s'est spécialisée dans le bien-être féminin, que ce soit dans sa pratique en cabinet, ou en tant que rédactrice santé/bien-être. Davantage de renseignements sur : www.cabinetmedecinesdouces.fr

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