Que l’on soit pour ou contre, le moins que l’on puisse dire est que la contraception naturelle fait parler. Et plus elle gagne en popularité, et plus les médias reprennent le sujet. Très souvent, on retrouve des approximations, quand ce ne sont pas des contre-vérités. Faisons aujourd’hui le point pour tenter de démêler le vrai du faux sur ces nouvelles méthodes de contraception…

Après avoir fait une revue de presse sur internet, cet article paraphrase des « vérités » énoncées dans de nombreux articles sur la contraception naturelle destinés au grand public. Jouez le jeu et essayez de répondre « vrai » ou « faux » pour chacune des phrases avant de lire les explications.

 

« La contraception naturelle n’est possible que pour une femme ayant des cycles extrêmement réguliers. » Faux

La contraception naturelle (symptothermie, méthode Billings, ou encore méthode des températures) s’adapte à chaque cycle. En effet, ces méthodes servent à mettre en évidence une phase fertile par différents indicateurs. Que la femme vive des cycles dont la durée varie énormément n’est donc pas un frein à la contraception naturelle.

 

« La contraception naturelle repose sur une bonne connaissance de son corps. » Vrai

En effet, une méthode de contraception naturelle ne peut être utilisée en toute sécurité sans comprendre les mécanismes qui régissent la biologie féminine, ni saisir les signaux émis par notre corps. Cependant, toutes les femmes qui optent pour ce type de contraception ne sont pas toutes des biologistes confirmées. Pour beaucoup, les cours sur la biologie de la fertilité sont même lointains… C’est le rôle de la monitrice en contraception naturelle de faire renouer la femme avec ces informations. Aussi, une bonne connaissance du corps est nécessaire à la mise en pratique de la contraception naturelle. Mais cette compréhension s’acquiert lors des cours. Elle n’est donc pas une condition préalable à l’enseignement.

 

« Pour mettre en place la contraception naturelle, la femme doit d’abord connaître la date de son ovulation. » Faux

On l’a déjà dit : les méthodes de contraception naturelle s’adaptent à chaque cycle. Le corps d’une femme n’est pas une machine, et de nombreux paramètres peuvent influer sur la date de son ovulation. Le stress est le principal facteur de perturbation d’un cycle. Mais on peut aussi noter une prise de médicaments, un voyage, etc. L’ovulation au 14ème jour du cycle à chaque cycle est donc un mythe. Cela est d’autant plus vrai dans une société telle que la nôtre où le stress (du changement, de la performance, des habitudes de vie) est omniprésent.

 

« La contraception naturelle cause un grand nombre d’IVG. » Faux

Durant le dernier trimestre 2017, une application de contraception naturelle a été mise en cause dans 37 recours à l’avortement en Suède. Ces femmes utilisaient Natural Cycles, la seule application satisfaisant aux normes européennes.

bio, gazette, gazette bio, santé, bien-être, bien etre, santé des femmes, Sabrina Debusquat, J'arrête la pilule, symptothermie, contraception, contraception naturelle, livre, lecture, avisPour Sabrina Debusquat, journaliste spécialisée dans la santé des femmes, ce chiffre doit être analysé dans son contexte : 37 IVG sur 668 en quelques mois, dans un centre hospitalier. Ce taux ne permet donc pas de tirer des conclusions sur la fiabilité contraceptive de l’application.

« En attendant d’en savoir plus, je regrette l’emballement médiatique actuel qui, procédant à de nombreux amalgames, s’empare de cette information en stigmatisant souvent au passage l’ensemble des méthodes naturelles. » La journaliste, auteur d’un livre-enquête sur la contraception, explique aussi « qu’on ne peut pas toutes les mettre dans le même panier. Or l’application Natural Cycles ne se base pas sur le type de méthode naturelle le plus fiable qui existe. » En effet, l’application est basée sur la méthode des températures, et non pas sur la symptothermie. De plus, Sabrina Debusquat regrette qu’avec Natural Cycles, « les femmes ne suivent à aucun moment une formation et sont totalement dépendantes de ce que leur dit l’interface, ce qui fragilise l’efficacité contraceptive ».

Le problème avec les applications, c’est qu’on ajoute un autre biais, celui de la technologie, à ceux déjà présents de la méthode, de la compréhension de celle-ci par l’utilisatrice, et de sa bonne application de la méthode.

 

« Au Japon où peu de femme utilisent la pilule, on compte un nombre d’avortements extrêmement élevé. » Vrai et faux

Souvent, on se trouve confronté au cas du Japon. Il est vrai que les Japonaises ne sont pas les plus enclines à prendre une contraception hormonale. Pour Ayumi, tokyoïte, cela s’explique facilement. « Les Japonaises n’aiment pas parler de sujet intime, comme celui de la contraception. Pas même avec leur médecin. » Mais pourtant, dénombre-t-on plus d’IVG au Japon qu’en France ? Prenons pour exemple l’année 1991, période durant laquelle il n’existait pas le désamour que l’on connaît aujourd’hui envers la pilule. Cette dernière représentait alors le contraceptif de choix pour les Françaises. Au contraire, les Japonaises ne privilégiaient pas la contraception hormonale. En 1991 au Japon, 13.9 femmes[A] pour 1000 entre 15 et 50 ans ont subi une IVG. Dans le même temps et pour la même tranche de population en France, le ratio était de 14.4[B]. Mais si on regarde le chiffre brut du nombre d’avortements sans le mettre en perspective avec le nombre d’habitants, on trouve forcément un taux d’IVG nettement plus important au Japon qu’en France.

 

« La méthode Ogino et le retrait sont les contraceptions naturelles les plus utilisées. » Faux

On vous l’a déjà expliqué dans notre dernier article sur la contraception naturelle. Cette dernière sert à mettre en évidence une phase fertile dans chaque cycle. La femme doit ensuite s’abstenir de rapport sexuel durant cette phase si elle souhaite éviter une grossesse. Or le retrait sert à éviter que du sperme ne soit déposé dans le vagin. (L’homme essaie de contrôler les sphincters utiles à l’éjaculation.) Le retrait est naturel. Mais il ne repose pas sur le même principe que la contraception naturelle. On ne peut donc pas le classer dans cette catégorie.

La méthode Ogino fut mise au point vers le début du XXème siècle, basée sur des calculs statistiques. Or on ne peut pas calquer le corps d’une femme sur des statistiques. Comme Rose Bianchi l’explique dans son manuel d’enseignement à la contraception naturelle, de type symptothermie (Prenez conscience de votre fertilité) : « Cette méthode demeure la plus décriée et inefficace des méthodes naturelles […] Dès ses débuts, il y a eu bon nombre de “bébés Ogino”, discréditant de ce fait toutes les méthodes naturelles de gestion de la fertilité… » Les femmes qui pratiquent la contraception naturelle ne l’utilisent plus depuis des années !

J’ai déjà lu sur des sites d’information grand public que la femme pouvait opter pour le retrait si elle ne souhaitait recourir ni à la contraception hormonale, ni au stérilet. Je vous le déconseille fortement quand on voit le peu de fiabilité ! Mieux vaut utiliser un préservatif (féminin ou masculin) que de pratiquer le coïtus interruptus !

 

« La contraception naturelle n’est pas fiable. » Faux

Très souvent, on peut entendre ou lire que la contraception naturelle a un taux d’échec de 25%. Le retrait a un taux d’échec de 25%. Beaucoup de sources le considèrent comme contraception naturelle. On calque alors les chiffres du retrait sur celui de toutes les méthodes de contraception naturelle.

Cependant, il suffit de nous reporter aux données de l’OMS[C] pour nous rendre compte que la fiabilité des méthodes de contraception naturelle…

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… n’a rien à envier aux contraceptions hormonales ou mécaniques.

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« Le risque d’une grossesse surprise est plus grand avec une contraception naturelle qu’avec l’implant hormonal. » Vrai

Et selon un rapport de l’OMS, cette différence serait même de 1% ! (98% d’efficacité pour la symptothermie contre plus de 99% d’efficacité pour le DIU hormonal.) Et sinon ? Aucun effet secondaire ni contre-indication pour la symptothermie. Mais là encore, tout est question de liberté de choix. Une femme qui préfère un implant doit être respectée dans sa décision tout autant qu’une femme qui opte pour la contraception naturelle.

 

« La symptothermie prend uniquement en compte la courbe de température de la femme. » Faux

La contraception naturelle reposant sur la température seulement, est la méthode… des températures. La symptothermie est la méthode de contraception naturelle qui utilise le plus grand nombre d’indices de fertilité. Elle repose sur la prise de température, l’analyse de la glaire cervicale, du col utérin, ainsi que sur la règle du calendrier (basé sur les 12 derniers cycles). Ces quatre facteurs sont utilisés et recoupés entre eux pour que la phase fertile soit déterminée avec le plus de précision possible. Cela permet aussi de maximiser la fiabilité contraceptive de la méthode.

 

« Les femmes qui optent pour la contraception naturelle sont des irresponsables. » Faux

Les femmes qui opèrent ce choix le font pour reprendre le contrôle de leur cycle, de leur corps, et de leur fertilité. Opposer la contraception naturelle à une démarche réfléchie est contre-productif… et méprisant. Eugénie Tabi, conseillère en symptothermie à Reims, voit des femmes aux motivations diverses, « en recherche de naturel pour leur santé, d’autres encore d’une alternative contraceptive, ou bien qui souhaitent simplement connaître leur cycle menstruel. Certaines ont déjà vécu des IGV avec des contraceptions médicales, ou bien sont intolérantes aux hormones. » Contrairement à ce que bon nombre de personnes pensent, « il n’y a pas que des “déçues” de la pilule. Beaucoup sont en recherche de bien-être et de connaissance de soi ».

Pour la conseillère, essayer de catégoriser ces femmes est une erreur car « il y a autant de parcours que de femmes. Chacune a son vécu, sa propre histoire avec sa sexualité, sa ou ses contraceptions, son ou ses partenaires… » Les femmes qui se tournent vers la contraception naturelle ne sont pas toutes des bobos-écolos, malgré ce que d’aucuns aimeraient faire croire. Elles viennent de toutes les strates de la société. « J’ai souvent des étudiantes, des mamans, des chefs d’entreprises, des cadres sup’… On peut dire que tous les chemins mènent à la symptothermie ! »

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« La contraception naturelle bafoue le droit des femmes et remet en question le combat pour le droit à la contraception. » Faux

Bafouer le droit des femmes, c’est d’abord chercher à les faire taire, les considérer comme des idiotes ou des irresponsables parce qu’elles ne pensent pas « comme tout le monde ». On nous inculque que ce qui fait la richesse d’une société, c’est la liberté de penser, de s’exprimer, de cultiver les différences. De disposer librement de son corps. Pas de subir le choix d’autrui, pas de donner à l’opinion d’un autre plus de valeur que n’en a la sienne.

Bafouer le droit des femmes, c’est chercher à les faire taire quand elles expriment une position divergente de celle qu’on leur « permet de donner ». Le droit à la contraception concerne toutes les femmes, sans leur imposer un choix en particulier. Mais au contraire, en leur proposant plusieurs possibilités fiables. C’est en optant pour une contraception avec laquelle la femme se sent en accord, qu’elle soit hormonale, mécanique ou naturelle, que la couverture contraceptive sera importante.

 

Cet article n’a pas pour but de vous orienter vers la contraception naturelle. Ce type de contraception n’est pas adapté à toutes les femmes. En effet, il faut avoir envie de recevoir l’enseignement, être assez rigoureuse pour observer chaque jour son corps, etc.

Par contre, il semble important de rétablir certaines vérités sur la contraception naturelle. On entend proférer trop d’inepties sur ces techniques. Et, dans la sphère intime, d’un point de vue personnel, c’est faire prendre le risque aux femmes, qui ne veulent plus de contraceptifs hormonaux ou de préservatifs, et ne supportent pas le DIU au cuivre, de ne pas se tourner non plus vers la contraception naturelle. En bref, de ne plus utiliser de contraception.

 

Notes scientifiques:

[A] Yamamoto K, Yamamoto Y, Hayase T. Abortion in Japan. Arch Kriminol. 1993 May-Jun;191(5-6):177-84.
[B] « Avortements : évolution du nombre d’avortements et des indices annuels » par l’INED.
[C] « Planification familiale/Contraception » par l’OMS (Aide-mémoire N°351, Février 2018).

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Apolline Compagnon
Apolline Compagnon est une thérapeute pratiquant diverses techniques de médecines douces (phyto-aromathérapie, médecine chinoise...). Également formatrice en contraception naturelle, elle s'est spécialisée dans le bien-être féminin, que ce soit dans sa pratique en cabinet, ou en tant que rédactrice santé/bien-être. Davantage de renseignements sur : www.cabinetmedecinesdouces.fr

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