Glyphosate, un terme qui revient souvent. Si de nombreuses personnes espéraient une décision forte en 2017 pour son interdiction, force est de constater qu’à l’aube de 2020, rien n’a changé…

 

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate… Vous le connaissez sûrement déjà, non ? Mis au point par la  célèbre firme Monsanto (rachetée depuis par Bayer), cet herbicide fait partie du domaine public depuis 2000. Il s’agit d’un herbicide non sélectif, c’est-à-dire qu’il tue tous les végétaux sur lesquels il se trouve, sans distinction.

 Voilà pourtant l’un des produits sur lesquels s’écharpent régulièrement les défenseurs de l’environnement versus les industriels qui prônent l’industrialisation et la croissance à outrance. Car de nombreux individus craignent le glyphosate, à part les agriculteurs qui l’utilisent, les industriels qui le commercialisent, ou certains politiques… Enfin bref, vous avez compris que ceux qui soutiennent le glyphosate y voient tout d’abord un intérêt économique.

Savez-vous que… ? Près de 80% de la population française souhaite le retrait sur le marché du glyphosate.

Oui, nous direz-vous, mais alors en quoi cela vous concerne-t-il ? Vous n’êtes ni laborantin ni paysan, vous ne possédez pas d’action en bourse. En bref, vous entendez parler du glyphosate à la radio le matin, ou à la machine à café. Mais le problème vous paraît loin, puisque vous n’avez jamais acheté de RoundUp ou autre herbicide toxique.

Savez-vous que… ? Monsanto-Bayer commercialise le glyphosate pour un usage domestique sous le nom de RoundUp, et sous celui de RangerPro pour les professionnels.

Sauf que… Si on reconnaît le glyphosate comme dangereux, cela signifie que le danger est partout. Et là, ça vous regarde clairement.

 

Le glyphosate, vraiment dangereux ?

Le glyphosate est impliqué dans de nombreux cancers pour l’homme. Citons par exemple l’ancien jardinier Dewayne Johnson qui a fait condamner Monsanto en 2018, atteint d’un lymphome non hodgkinien, contracté après uniquement 2 ans d’utilisation du RangerPro. Ou d’Edwin Hardeman, un particulier, qui a fait réussi à faire condamner la firme en mars 2019, atteint du même lymphome que M. Johnson. Ou encore du couple de retraités américains également malades (Alberta et Alva Pilliod) qui, le lundi 13 mai 2019, obtient un verdict en sa faveur vis-à-vis de Bayer, condamné à leur verser 2 milliards de dollars.

Savez-vous que… ? Le 8 août 2019, la Californie n’a plus le droit d’apposer l’étiquette « cancérigène probable » sur le RoundUp. Une décision invalidée par… l’Agence américaine de protection de l’environnement (!) malgré les 18 000 procédures judiciaires actuellement en cours et les décisions déjà rendues. 

L’impact ne se fait pas seulement sur l’humain qui le pulvérise, ni celui qui en respire passivement, mais également et plus largement, sur le consommateur qui ingère les aliments qui en ont été « arrosés ». Comme vous pouvez facilement le comprendre, un herbicide a également un retentissement sur toute la faune et la flore, avec un impact sur la biodiversité. Sur les insectes (dont les abeilles !), et donc sur les oiseaux qui s’en nourrissent (et qui subissent une ère d’extinction), et tous ceux impliqués dans la chaîne alimentaire. Parce que le glyphosate est le pesticide le plus présent dans l’environnement. Avec son métabolite (l’AMPA), ils dominent à la tête du classement des pesticides retrouvés dans les cours d’eau.

Savez-vous que… ? En 2005, la DDASS 22 de Côtes d’Armor établit un rapport. Sur les 26 captages d’eau superficielle, on détecte de l’AMPA dans 100% des cas. Tous se révèlent supérieurs à 0,1 μg/L, qui représente pourtant la limite d’une eau considérée comme potable. Sur ces mêmes 26 captages d’eau, le glyphosate est présent dans 82% des cas, dont 75% sont supérieurs à 0,1 μg/L.

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Que dit la science ?

Dans une étude menée en 2014[1], un écueil est pointé. Dans toutes les autres études, on teste uniquement la molécule du glyphosate. Sauf que l’effet est plus toxique encore lorsqu’on l’associe à d’autres principes actifs (des surfactants en majorité), tel qu’il l’est dans le produit fini. Or la toxicité est plus élevée pour l’ensemble que pour la molécule seule

De nombreuses études se sont intéressées au lien entre cancer et glyphosate. Certaines indépendantes, d’autres… moins, ce qui peut sans doute expliquer la controverse suscitée par certaines conclusions. En 2019, de nouveaux résultats pointent, résultant d’une collaboration entre chercheurs des universités de Washington, Berkeley, et de l’Icahn School of Medicine de New York[2]. Ils ont compilé les études menées entre 2001 et 2018, aussi bien sur l’homme que sur l’animal, mais uniquement les sujets les plus exposés (bétails, agriculteurs). Non seulement il ressort un lien entre glyphosate et lymphome non hodgkinien, mais le risque augmente de 41% !

Le 20 mars 2015, le CIRC (sous le contrôle de l’OMS) classe même le glyphosate comme « cancérogène probable » (groupe 2A). Une timide avancée.

 

Politiques et glyphosate

Le sujet intègre enfin la Commission européenne. Pourtant, sous la présidence Juncker, difficile de faire avancer le débat. Des opposants découvrent même que les tests de toxicité examinés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments étaient financés par… les fabricants de pesticides, ainsi que le révèle un article du Monde.

Savez-vous que… ? Monsanto-Bayer a réussi à créer une nouvelle espèce OGM, Roundup Ready, qui tolère encore mieux le glyphosate. Ainsi, les agriculteurs peuvent déverser en masse du glyphosate sans crainte pour leurs cultures.

En 2017, alors que tout converge vers une interdiction, le glyphosate recueille une nouvelle autorisation pour 5 ans, faisant fi des citoyens, des anciens agriculteurs malades, de l’avis du CIRC, etc. Et si la France a voté contre, le gouvernement Macron oublie vite ses promesses de campagne… Quel que soit l’issu du vote, avait martelé la secrétaire d’Etat Brune Poirson, la sortie du glyphosate se ferait dans l’Hexagone bien avant celle de l’Union Européenne, au plus tard dans trois ans.

Pourtant, du 22 au 29 mai 2018, le projet de loi Agriculture et Alimentation débattu à l’Assemblée Nationale se voit retirer une proposition d’amendement pour interdire le glyphosate. Dans la nuit du 15 septembre 2018, la majorité des députés présents (seulement 80 sur 577…) rejettent une fois de plus l’ensemble des amendements concernant le glyphosate. Question : si les députés LREM sont là pour représenter le peuple qui les élit, pourquoi mépriser les 80% de citoyens qui veulent un retrait du glyphosate ?

Savez-vous que… ? Mardi 15 janvier 2019, un tribunal de Lyon a annulé l’autorisation de mise sur le marché du RoundUp Pro 360, un nouveau glyphosate destiné à la viticulture, produit par Bayer.

Monsanto a commercialisé le glyphosate en 1975. Pourtant, il faut attendre le XXIème siècle pour que quelques sonnettes d’alarmes commencent à tinter. Pour quelle raison un si long silence ? Pour quelle raison ne teste-t-on pas les effets d’un herbicide ou d’un pesticide sur la population et l’environnement avant commercialisation ? Pourquoi faire passer le commerce avant la raison ? Ah oui, nos dirigeants s’occupaient du problème de l’homéopathie, ils ne peuvent pas être sur tous les fronts…

 

Notes scientifiques :

[1] Mesnage R, Defarge N, Spiroux de Vendômois J, Séralini G.E. Major pesticides are more toxic to human cells than their declared active principles. BioMed Research International, 2014.
[2] Zhang L, Rana I, Shaffer RM, Taioli E, Sheppard L. Exposure to glyphosate-based herbicides and risk for non-Hodgkin lymphoma: A meta-analysis and supporting evidence. Mutat Res. 2019 Feb 10;781:186-206. doi: 10.1016/j.mrrev.2019.02.001.

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