Depuis quelques années, la vague du numérique a déferlé sur une grande partie du monde. Les adolescents et les adultes sont les premiers touchés par cette révolution. Mais les enfants ne sont pas non plus en reste…

L’omniprésence des écrans dans la vie familiale doit nous interroger autant sur les habitudes des jeunes que celles des adultes…

 

Enfants et écrans : les signes qui doivent vous alerter

Depuis quelques années, des symptômes inquiétants se multiplient chez les plus jeunes, amenant certains praticiens à s’interroger. Outre certains professionnels de l’enseignement ou de l’éducation, des médecins (comme les docteurs Ducanda ou Terrasse exerçant en PMI) ont lancé une alerte l’année dernière. La cause ? Chaque année, de plus en plus d’enfants présentent des troubles ressemblant aux troubles du spectre autistique. On constate ce phénomène notamment chez les 0 à 4 ans.

Le Dr Ducanda énonce les divers signes qui doivent vous alerter dès lors que le diagnostic de surdité a été écarté : l’enfant est dans sa bulle, indifférent au monde qui l’entoure (diminution des interactions sociales) ; il ne réagit pas à son prénom et on croise difficilement son regard lorsqu’on lui parle ; il ne comprend pas une consigne simple (« montre-moi ta maman »), ne parle pas ou parle par écholalie ; ne se mêle pas aux autres enfants que ce soit par le jeu ou en s’asseyant auprès de ses petits camarades ; il peut être très introverti ou au contraire très agité ; il est aussi intolérant à la frustration. Parfois même, l’enfant peut se montrer agressif ou violent.

 

Si vous êtes face à un enfant qui présente ces signes…

Comment être sûr qu’il s’agit vraiment d’une « addiction » aux écrans et non pas d’une hyperactivité ? Un seul moyen : stopper l’exposition à la tablette, à la télévision ou au smartphone, et observer. Si le problème est dû aux écrans, en quelques jours déjà, le comportement de l’enfant peut être modifié.

Les troubles du développement et ceux appartenant au spectre autistique ne sont pas les seuls qui peuvent toucher certains enfants : des études scientifiques pointent aussi les troubles de la vue et du sommeil après des expositions répétées aux écrans et ce, sans compter le danger des champs électromagnétiques pulsés

Attention : un enfant présentant des troubles autistiques n’est pas forcément synonyme d’un enfant atteint d’autisme. Et malheureusement pour ces derniers (et en l’état actuel des connaissances), les écrans ne jouent pas de rôle dans leur handicap. Certains pointent plutôt d’autres sources de pollution environnementale.

 

Est-ce que les écrans ont un intérêt pédagogique ?

Les tablettes, du matériel Montessori ?

Même si des développeurs de contenu numérique « pédagogique » se plaisent à reprendre une phrase de Maria Montessori, « les mains sont l’instrument qui permettent le développement de l’intelligence d’un homme », ils omettent sciemment un détail qui a toute son importance : le Dr Montessori voulait signifier que c’est par le toucher et la préhension que l’enfant explore son univers et maximise son potentiel. Il a besoin de manipuler avec ses mains des objets réels, de les faire tomber, de les porter à la bouche, et tout simplement, d’expérimenter. Le cerveau analyse le lien entre les gestes et les objets, et c’est une condition sine qua non pour que les connexions cérébrales s’établissent et qu’il y ait, en bref, développement cérébral. Le petit enfant sur tablette dont le doigt glisse sur une surface ne vit pas tout cela. Les jeux « réels » sont nécessaires pour développer le toucher et l’imaginaire.

 

Le Dr Ducanda tire la sonnette d’alarme

Pour preuve que les écrans (même avec contenu éducatif) sont davantage un frein au développement de l’enfant entre 0 et 4 ans, le Dr Ducanda montre deux dessins dans sa vidéo de mars 2017. Les enfants ont eu pour consigne de dessiner un bonhomme. A gauche, le dessin d’un enfant de 4 ans peu exposé aux écrans. A droite, celui d’un enfant plus âgé de 3 mois qui est très exposé aux écrans. Le constat est sans appel.

3-6-9-12, 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, 3D Robotics, Académie des Sciences, Anne-Lise Ducanda, Apple, Apprivoiser les écrans et grandir, bébé, bio, Chris Anderson, COllectif Surexposition Ecrans, Docteur Ducanda, Dr Ducanda, écran, écran enfant, écran santé, ecran sante publique, ecran santé yeux, enfant, Evan Williams, GAFA, gazette, Hanna Rosin, impact écran santé, méthode des 4 pas, méthode des 4 pas cose, Montessori, Naître et grandir, Nick Bolton, PMI, Sabine Duflo, santé, santé écran ordinateur, Serge Tisseron, smartphone, Steve Jobs, Steve Jobs Was a Low-Tech Parent, tablette, télévision, The Touch-Screen Generation, Twitter, Waldorf School
Dessins d’un bonhomme à 4 ans. A gauche : dessin d’un enfant peu exposé aux écrans. A droite : dessin d’un enfant très exposé aux écrans. ©Dr Ducanda

L’écran capte l’attention de l’enfant par une succession de flashs et de signaux sonores. Certains peuvent ainsi rester enfermés dans leur propre bulle de longues heures, à moins qu’un adulte n’y mette fin. Cette captation technologique coupe l’enfant du monde réel et l’empêche d’acquérir des échanges de socialisation, de communication. Ne pensez pas que votre enfant sera plus intelligent ou en avance sur les autres si vous lui achetez une tablette éducative : il a besoin de l’échange, de converser pour développer son langage. On doit lui parler en le regardant. Le message éducatif des vidéos glisse sur lui, sans qu’il apprenne la signification réelle des mots.

 

Les écrans, une addiction

Autre effet pervers, plus un enfant passe du temps sur un écran, plus il lui sera difficile de s’en passer. L’écran a un effet de type « addictif » sur les enfants. Il va sans cesse le réclamer, jusqu’à ce que les parents cèdent : leur petit ne supporte pas la frustration. Il va se rouler par terre, pleurer, crier, etc.

Pour l’Académie des Sciences, les écrans peuvent être bénéfiques à condition toutefois que l’enfant soit éduqué à leur usage, afin de distinguer le virtuel du réel. La télévision ou la tablette doivent être un support d’échange. L’enfant regarde une demi-heure de programme par exemple, puis il discute avec ses parents de ce qu’il a vu, ce qu’il en a pensé.

 

Face aux écrans, quelles précautions pour les enfants ?

Limiter les écrans

3-6-9-12, 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, 3D Robotics, Académie des Sciences, Anne-Lise Ducanda, Apple, Apprivoiser les écrans et grandir, bébé, bio, Chris Anderson, COllectif Surexposition Ecrans, Docteur Ducanda, Dr Ducanda, écran, écran enfant, écran santé, ecran sante publique, ecran santé yeux, enfant, Evan Williams, GAFA, gazette, Hanna Rosin, impact écran santé, méthode des 4 pas, méthode des 4 pas cose, Montessori, Naître et grandir, Nick Bolton, PMI, Sabine Duflo, santé, santé écran ordinateur, Serge Tisseron, smartphone, Steve Jobs, Steve Jobs Was a Low-Tech Parent, tablette, télévision, The Touch-Screen Generation, Twitter, Waldorf SchoolLa première recommandation est simple : en phase de « sevrage » pour un enfant de 3-4 ans, les parents doivent limiter les écrans (tablette, smartphone et télévision confondus) à une heure par jour maximum. Les adultes et adolescents de la maison devront aussi s’en tenir à cette règle car le petit dernier ne comprendra pas que lui seul en soit privé : le changement d’habitude doit être familial.

Au début, et c’est cela qui sera le plus dur à supporter pour le parent, l’enfant sera frustré et fera une crise. Celle-ci s’apaisera d’elle-même au bout de 3 à 5 jours.

Chez ses petits patients, le Dr Ducanda observe des progrès spectaculaires en seulement un mois, surtout lorsque l’arrêt ou la limitation des écrans est associée à des jeux d’imitation (la poupée, la dînette, une ferme avec des animaux) et du temps réservé à échanger avec l’enfant pendant lequel on lui parle, on va au parc, ou même simplement en jouant avec lui. Si passé un mois, aucun progrès n’est à noter, il faut alors se tourner vers un médecin compétent.

 

Quels principes adopter ?

  • Laisser la télévision éteinte le plus souvent possible du moment où votre bébé ou votre enfant se trouve dans la pièce, même s’il ne la regarde pas.
  • Ne pas allumer la télévision ou la tablette avant d’aller en crèche ou à l’école, ni le soir avant le coucher.
  • Ne pas prêter son smartphone à son enfant.
  • Tout comme ne pas offrir de tablette à l’enfant de moins de 6 ans, et privilégier au contraire les jeux « réels » (de manipulation ou d’imitation).
  • Ne pas craindre de dire « non ».
  • Enfin, profiter de passer du temps avec lui en se promenant, en lisant, ou tout simplement en lui parlant de sa journée.

Il faut être vigilant même avec un bébé. Le Dr Ducanda préconise de ne pas le laisser dans une pièce avec la télévision allumée : « Nous voyons en consultation des bébés tendus, des bébés qui pleurent beaucoup, sans raison médicale ni psychologique, et qui s’apaisent miraculeusement quand les parents éteignent la télé. »

 

Les autres recommandations

Sabine Duflo pour le collectif COSE (COllectif Surexposition Ecrans) propose la méthode des 4 pas pour réguler de manière générale l’exposition aux écrans :

  • 1) Pas d’écrans le matin
  • 2) Pas d’écrans durant les repas
  • 3) Pas d’écrans avant de s’endormir
  • 4) Pas d’écrans dans la chambre de  l’enfant

Serge Tisseron (membre de l’Académie des Sciences) évoque la méthode « 3-6-9-12 » qui peut être résumée ainsi :

  • pas d’écrans avant 3 ans,
  • pas de console de jeux avant 6 ans,
  • mais aussi pas d’internet seul avant 9 ans,
  • et pas de réseaux sociaux avant 12 ans.

En 2011, l’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP) a conservé la même ligne directrice que dans son précédent rapport de 1997 : pas d’écran (télévision, tablette, smartphone) avant l’âge de 2 ans, car cela nuit au développement cérébral de l’enfant qui a besoin d’interactions sociales avec son milieu. Entre 2 et 5 ans, une heure par jour d’écran constitue un maximum, et cela doit se faire en compagnie d’un adulte qui les accompagne dans la compréhension de ce qu’ils regardent.

 

Les tablettes, bénéfiques uniquement pour le développement des enfants d’autrui ?

Les recommandations des dirigeants d’entreprises technologiques… pour leur famille

Si les différentes marques dispensent un discours bien rôdé sur l’utilité pédagogique des tablettes et autres écrans dans le développement de l’enfant, on peut toutefois noter certaines incohérences du côté des dirigeants de ces entreprises…

En effet, les patrons de la Silicon Valley prônent un monde où la technologie doit être omniprésente. Nombre de leurs publicités mettent en scène des enfants jouant (ou plutôt, « s’éduquant ») sur des tablettes. Car, même pour les plus jeunes, les outils numériques sont une chance de s’épanouir, de grandir, d’apprendre. En phase avec son temps, « l’enfant numérique » sera en avance sur ses petits congénères qui n’ont pas de tablette. Il saura lire et compter avant ses camarades, etc.

Si, les tablettes et autres écrans sont bénéfiques aux enfants. Mais puisqu’on vous le dit, qu’on vous le serine ! Enfin, surtout pour les enfants des autres, quand on prend le temps de se pencher sur les règles d’éducation données par les patrons de la Silicon Valley à leur propre progéniture…

 

Chez Steve Jobs ?

Le maître de la révolution numérique, Steve Jobs (le fondateur d’Apple), se montrait extrêmement réticent à l’idée que ses enfants baignent dans cette révolution numérique. Chez lui, l’usage de la technologie était extrêmement limité. Et de son propre aveu dans un entretien accordé à Nick Bolton au sujet de l’iPad (New York Times, 2014) : « Ils ne l’ont jamais utilisé. Nous limitons l’accès à la technologie pour nos enfants à la maison ».

 

Et pour les autres dirigeants de GAFA ?

Mais il n’est pas seul dans ce cas, loin de là ! D’autres exemples ? Le PDG de Twitter, Evan Williams, encourage la lecture de livres papiers à ses enfants. Chris Anderson, ancien rédacteur-en-chef d’un magazine dédié à la technologie et fondateur de l’entreprise de drones 3D Robotics, a proscrit les ordinateurs dans la chambre de sa progéniture (cinq enfants entre 6 et 17 ans à l’époque) car, ainsi qu’il le justifiait : « C’est parce que nous avons vu en premier les dangers de la technologie, je l’ai moi-même expérimenté, et je ne veux pas que cela arrive à mes enfants ».

D’autres pionniers du monde numérique n’autorisent l’utilisation des outils technologiques que 30 minutes par jour ou uniquement le week-end. Ou encore à partir de 10 ans s’il s’agit de travaux scolaires. Ces mêmes observations ont été réalisées par Hanna Rosin en 2013 sur les parents développeurs d’applications destinées aux tout-petits (des autres). Ils craignaient que l’addiction aux écrans n’ait un effet délétère et addictif sur le cerveau de leurs bambins.

De plus, bon nombre des dirigeants des GAFA ou assimilés, inscrivent leurs enfants à la Waldorf School. Cette école refuse l’usage de la technologie entre ses murs avant la fin du collège. Elle argue que celle-ci est un frein à la concentration, à la vie sociale et à la créativité. Cet établissement fait passer son message pédagogique au travers d’activités manuelles ou artistiques. Les tableaux ne sont pas numériques mais en ardoise noire sur lesquels on écrit à la craie. Pas de tablettes mais des crayons, des feuilles, de la peinture, des livres, de la poterie, du jardinage…

Pour celles et ceux qui le souhaitent, le Dr Anne-Lise Ducanda a condensé les renseignements donnés dans sa première vidéo. Pour davantage d’information, vous pouvez visionner (et surtout relayer) le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=i4cBPlUj0rk&feature=youtu.be

 

Sources :

« The Touch-Screen Generation » par Hanna Rosin, The Atlantic, avril 2013.
« Steve Jobs Was a Low-Tech Parent » par Nick Bolton, New York Times, 10 septembre 2014.

« Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans » par les docteurs Ducanda et Terrasse, médecins en PMI, vidéo YouTube, 1er mars 2017.

L’enfant et les écrans, un avis de l’Académie des Sciences
, par Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna et Serge Tisseron, Le Pommier Editions, 2013.

3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir
, Serge Tisseron, Érès Editions, 2017.

Toute reproduction interdite

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Apolline Compagnon
Apolline Compagnon est une thérapeute pratiquant diverses techniques de médecines douces (phyto-aromathérapie, médecine chinoise...). Également formatrice en contraception naturelle, elle s'est spécialisée dans le bien-être féminin, que ce soit dans sa pratique en cabinet, ou en tant que rédactrice santé/bien-être. Davantage de renseignements sur : www.cabinetmedecinesdouces.fr

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